Le couteau de poche est devenu un accessoire dont je ne peux plus me passer au quotidien. Je m’en sers toute la journée au travail et suis souvent bien content de l’avoir dans la poche à la maison, au jardin. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle cette catégorie de couteau les « everyday carry » (EDC) !
Dans cette utilisation quotidienne, je privilégie des couteaux fermants avec des lames aux dimensions réduites dont l’ouverture est possible à une main, toujours avec un clip de poche.
Bien que je sois toujours très satisfait de mon petit Civivi Elementum avec sa lame damassée, cela ne m’a pas empêché d’étudier longuement les catalogues des principaux couteliers et de lorgner vers les références acclamées.
J’ai vite compris qu’un couteau d’artisan serait hors budget, mais j’ai constaté que certains fabricants jouissaient d’une aura tout aussi spectaculaire avec des produits de haute précision d’une qualité premium équivalente.
Si j’ai acquis quelques couteaux fermants plutôt sympas depuis mon Civivi, je ne parvenais pas à trouver un Sebenza de Chris Reeve Knives, probablement un des EDC les plus mythiques du marché.
Ça fait plus de 6 mois qu’il me passe sous le nez !
CHRIS REEVE KNIVES
Chris Reeve est un coutelier sud-africain qui a commencé sa carrière au pays en 1984. Il déménage aux USA 5 ans plus tard (en Idaho) et y sortira le Sebenza qui donnera le départ de la success story CRK en 1990.
En présentant son couteau, il met littéralement un pied au cul de la concurrence en proposant un outil léger et de précision conçu avec des matériaux haut de gamme aux finitions exemplaires. Un niveau de qualité (et un tarif) rarement vu à l’époque dans les couteaux de poche.
Trois ans plus tard, Chris passait du statut de petit artisan indépendant à celui d’entreprise en fondant la Chris Reeve Knives Corporation qui emploie plus de 40 personnes aujourd’hui.
Le Sebbie deviendra la référence qui servira de benchmark qualitatif pour l’ensemble du secteur pendant de nombreuses années.
CRK a reçu une multitude de prix et reconnaissance du milieu pour la qualité exceptionnelle de sa production et pour les innovations apportées sur les 30 dernières années. C’est notamment lui qui a inventé le framelock, un système de verrouillage aujourd’hui très populaire qui consiste à ce qu’une partie du manche du couteau serve à la fois de ressort et de cran de sureté.
Chris Reeve reste une référence de nos jours et la demande pour sa production ne faiblit pas (d’autant que le secteur du couteau est en plein essor depuis 2020).
31 ANS D’ÉVOLUTIONS
Si ses couteaux n’ont pas pris une ride et ont toujours autant de succès, c’est parce que CRK a continué de le faire évoluer au fil du temps.
Un peu à la manière de ce que fait Porsche avec la 911 depuis bientôt 60 ans, Chris Reeve a su faire évoluer son Sebenza par petites touches, sans trop s’écarter de la ligne initiale qui en a fait un best-seller.
La version Original est d’abord été remplacé par le modèle Regular (96) qui comprenait une modification du profil. Il sera rejoint quelques années plus tard dans la gamme par le Classic (en 2000) avec un retour aux formes initiales.
Le Regular et le Classic ont été déclinés en 2 tailles : Large (lame de 9,5 cm) et Small (lame de 7.6 cm), des options encore disponibles aujourd’hui.
L’acier utilisé évolue avec le temps, en passant successivement de l’ATS-34, au BG42 puis au S30V et enfin au S35VN en 2012 et au CPM S45VN depuis peu (deux nuances d’acier issu de la technologie des poudres que Chris Reeve a contribué à créer).
En 2008, CRK arrête la production des modèles Classic et Regular qui sont tous les deux remplacés par le Sebenza 21, en hommage aux 21 ans du couteau. Cette itération voit notamment l’introduction du chanfreinage des bords du manche.
Signalons également l’apparition du Sebenza 25 dans la gamme en 2012, un modèle un peu trop différent que pour être considéré par les puristes comme un nouveau 21 (qui était resté dans la gamme). Le Sebenza 25 sera remplacé par l’Inkosi en 2016.
C’est en 2019 que Chris Reeve Knives sort le Sebenza 31, remplaçant le 21. Pas de révolution, mais des petites améliorations continues – à la Porsche.
Le framelock intègre désormais une bille en céramique (plus endurante que le titane du 21) qui vient servir d’interface entre la lame et le cadre lors du verrouillage de l’ouverture. Le clip de poche a été légèrement décalé afin qu’il ne repose plus entièrement sur la barre de verrouillage.
Pour le reste, n’ayant pas de 21 sous la main, je ne pourrais pas vous détailler les améliorations ergonomiques dont fait sommairement mention le communiqué de presse.
Le Sebenza 31 apporte des détails plus fins à un couteau déjà fin. Pas étonnant qu’il soit sold-out partout
HUNTING A UNICORN 
J’ai d’abord voulu commander en direct, une option que je privilégie pour les artisans et petites entreprises puisque cela veut généralement dire plus de sous dans leur poche.
C’était une belle idée, mais j’ai vite déchanté devant les délais de… 4 ans pour un Sebenza (et jusqu’à 6.5 ans pour un Inkosi) !
Chris Reeve précise sur son site que les délais annoncés comprennent les commandes de leurs revendeurs (qui commandent à l’avance pour s’assurer du stock épisodiquement) et qu‘il sera donc possible d’en commander via d’autres canaux.
J’ai donc mis des alertes de disponibilités sur les différents webshop spécialisés européens et j’ai attendu. Longtemps !
La bataille fut rude, car je n’étais visiblement pas le seul sur la balle. Aussitôt en stock, aussitôt partis !
Après 6 mois de recherches, j’ai sauté au pied du lit un dimanche matin pour commander dès la notification reçue. C’est finalement la Maison Berthier à Lyon qui m’aura fourni le Graal
SEBENZA 31 SMALL
C’est donc avec un plaisir non dissimulé que je déballais mon Sebenza.
Son nom signifie « travail » en dialecte Zulu, un clin d’œil aux origines sud-africaines de Chris Reeve – comme les appellations des autres modèles de la gamme.
J’ai opté pour le modèle small, car les lames en dessous de 8 cm sont suffisantes pour mon utilisation. Son encombrement est idéal au quotidien : il se fait vite oublier dans la poche avec ses 10 cm repliés pour 85 grammes.
Je voulais (absolument) la finition unie en titane 6AI4V sablé. Ou plutôt : je ne voulais (surtout) pas les versions avec les inlays en bois exotiques, défenses de mammouth, corne de licorne et autres brols que je trouve franchement dégueulasses pour la plupart. C’est d’ailleurs les seules versions qu’on trouvait encore de stock, à des prix délirants (+ de 700€ !) À chacun ses goûts, dirons-nous !
Quand on prend le Sebenza en main, on comprend directement qu’on a plus qu’un couteau dans les mains. C’est une pièce magnifiquement usinée qui inspire le respect à la fois par le soin apporté à chaque détail, la précision du travail, la qualité des composants et par la sobriété de sa ligne (en finition Plain ).
La texture sablée du manche en titane me rappelle la rugosité des pierres, galets et cailloux que je collectionnais au gré de mes promenades étant petits. Je pouvais les garder dans ma poche pendant des jours (jusqu’à la lessive quoi…) en triturant leurs surfaces poreuses dès que l’occasion se présentait. J’adore ce contact minéral et me surprends à jouer fréquemment le Sebenza, à passer mes doigts sur le manche comme je le faisais sur mes cailloux étant enfant. Une vraie madeleine de Proust
Le chanfreinage des extrémités du manche est très confortable et permet de mieux glisser dans la poche ou dans l’étui. Malgré son aspect anguleux, tout est extrêmement délicat ; il n’y a aucune aspérité ou partie contendante qui pourraient nous blesser ou s’accrocher dans la poche.
Je trouve très élégant et très agréable en main.
Dernièrement, le manche comprend un clip de poche (en titane aussi) muni d’une petite pliure centrale qui le sécurise davantage dans la poche. Malin !
L’ouverture se fait via le petit ergot de pouce en titane anodisé bleu. La lame se déplie avec une certaine résistance et vient se bloquer grâce au framelock d’un clic digne d’une serrure de coffre-fort. Pas de doute possible, vous l’entendez quand il est verrouillé ! C’est très quali
Ce n’est pas le système d’ouverture que je préfère, mais il faut reconnaitre que le feeling est vraiment très doux, très bon.
Une fois déplié, le Sebenza nous laisse admirer sa ligne du long de ses 17.7 centimètres.
La lame en acier CPM SV45VN de forme dite drop-point (goutte d’eau) en finition stonewash à l’aspect satiné. Elle mesure donc 7.6 centimètres.
Son émouture creuse est dotée d’un tranchant convexe fait main (la lame s’épaissit tout de suite derrière le fil) et affuté comme jamais ! Le dos de la lame est poli et possède des bords arrondis qui confortent l’aspect délicat du couteau évoqué ci-dessus.
La taille et la forme de la lame en fait un bon compromis multi-usage : suffisamment haute et profilée que pour trancher efficacement, suffisamment épaisse que pour lui assurer une bonne solidité pour percer, un long tranchant convexe pour travailler le bois, … Ce n’est pas pour rien si le Sebenza a su conquérir les cœurs et les foules !
LA CORDELETTE ME HANTE
Le Sebenza est fourni de base avec une cordelière en paracorde.
C’est la première fois que j’ai une lanière sur un couteau et si j’y vois une certaine facilité à l’attraper dans ma poche, elle s’est déjà accrochée dans le siège de l’auto et a bien failli resté sur une aire d’autoroute
Ça ne fait qu’un gros mois que j’emmène le Sebenza quotidiennement et la paracorde montre déjà quelques signes d’usures. On dirait que la pointe du couteau (super affutée, faut-il le rappeler) vient l’entailler dans certaines positions.
Bref, il faudra que je pèse le pour et le contre d’ici quelques mois. En attendant, la cordelette reste avec moi… et moi, je reste sur mes gardes pour ne pas qu’il saute de la poche !
BUILT TO LAST
Hormis ce petit détail de lanière qui s’use (prématurément ?), c’est vraiment du robuste !
Bien sûr, je n’oserais pas lui frapper sur la gueule comme sur un couteau fixe heavy duty, mais je n’ai pas encore rencontrés de tâches qui lui était impossibles dans ma logistique quotidienne et au jardin.
J’avoue que je n’ai pas poussé les tests à l’extrême et que je continue de lui préférer d’autres outils (lorsque c’est possible) pour couper des fils métalliques par exemple ; même s’il en est surement capable !
Cela reste un bel objet que je veux préserver, malgré une utilisation quotidienne. Ce qui est sur, c’est que je ne l’ai pas acheté pour qu’il soit sur une étagère !
Contrairement à d’autres constructeurs qui n’hésitent pas à faire sauter la garantie si vous démontez leur couteau, Chris Reeve Knives encourage à entretenir son Sebbie soi-même. Tout est fourni avec le couteau : clé hexadécimale, graisse d’entretien, loctite, microfibre et les petites instructions à suivre.
Je suis toujours réticent à l’idée de « mettre les mains dedans », mais c’est honnêtement un jeu d’enfants. Tout est si parfaitement usiné et mis en place qu’il n’y a aucune marge d’erreur possible au remontage. Allez-y en confiance !
LA QUALITÉ SE PAIE
En créant le Sebenza, Chris Reeve avait pour but de créer le meilleur couteau du monde. Si le titre est aujourd’hui beaucoup plus disputé qu’à l’époque, je ne peux qu’abonder dans le sens de ce couteau mythique et exceptionnel en bien des points.
Le prix élevé se justifie par le choix des matériaux haut de gamme, le travail manuel réalisé sur le tranchant convexe, la main d’oeuvre américaine ou plus généralement l’inginérie que cela représente de faire une production semi-industrielle avec des tolérances dignes de l’aérospatial.
Il fut compliquer à dénicher, mais il ne me quitte plus ! J’adore mon Seb’
• Lame de 7,6 cm en acier CPM S45VN
• Forme : Drop-point
• Dureté : 59-60 HRC
• Manche en titane 6AI4V
• Ouverture repose-pouce en titane anodisé
• Sécurité framelock à bille céramique
• Dimensions plié / déplié : 10 cm / 17.73 cm
• Poids : 85 gr
• Fabriqué aux USA